Pour vous faire patienter de l'interminable accouchement soviétique, remontons le temps et arrêtons-nous à une époque troublée, voire terrible, je veux parler de la Patrie en danger suivie de la Terreur, de 1792 à 1794.
Le curieux titre "L'opportuniste" est l'illustration d'un petit scénario-nouvelle d'une soixantaine de pages que j'ai imaginé en 2008, année de la construction de cette plaquette. Je résume.
C'est l'histoire d'un paysan propriétaire d'un petit domaine qui devient marchand de chevaux. Ce commerce constitue le début de sa fortune. Devant sa propriété, sur la grand route qui traverse le village, il s'est fait bâtir une maison de maître, juste en face du relais de la poste. Car son obsession secrète, c'est cela: devenir maître de poste.
Notre homme n'est pas un philosophe mais un homme de la terre, rusé, habile, qui flaire toujours les bonnes affaires, se trompe rarement, et sait mieux que quiconque comment faire d'un écu deux écus.
Les événements se précipitent. La Révolution se déroule. Des dragons passent un jour devant chez lui et s'arrêtent. Ils cherchent des chevaux de remonte pour compléter les escadrons dégarnis. Notre homme présente ses chevaux. L'urgence fait que l'on ne discute pas son prix et, le lendemain, ils reviennent avec une grosse sacoche pleine d'écus car le vendeur ne veut pas d'assignats. Cette condition est acceptée pour de futures éventuelles tractations.
La guerre éclate. Le sol national est envahi. La Législative a cédé la place à la Convention Nationale qui durcit la gouvernance. La hiérarchie militaire a fait suivre au Comité de remonte ses offres pour la fourniture de chevaux débourrés, à raison de 30 à 40 toutes les six semaines. Offres acceptées et la Convention lui décerne un brevet officiel de fournisseur de la Guerre qui assoit définitivement son statut et consolide sa fortune.
Il triple son domaine, embauche des valets et des palefreniers et 4 domestiques pour sa femme. Il fait un don à sa commune pour les orphelins des Volontaires tués pour la Patrie. Parallèlement, il s'inscrit au Club des Jacobins où il fait aussi un don, moitié en livres, moitié en assignats à l'intention des veuves et des orphelins.
En même temps que plus gros employeur du canton, il devient un notable à qui on décerne un brevet de civisme.
Un jour, la diligence de Paris qui s'arrête deux fois par jour au relais, arrive à l'heure mais ne peut entrer dans la cour. La grille est fermée malgré les appels et les sons de trompe. Il n'y a plus personne ni à l'auberge ni aux écuries où les chevaux non pansés commencent à hennir.
Notre homme constate et fait quérir le syndic de la commune ainsi que le comité de vigilance pour constater officiellement car il est légaliste et malin. La maison d'auberge est vide. A l'écurie, il manque des chevaux d'attelage et de selle. Il fait constater la vacance de la charge publique et propose de fournir, avec ses propres bêtes, de quoi relayer la diligence et la malle-poste qui suit. Ses valets s'activent et la diligence repart avec des chevaux frais. Tout ceci est officiellement consigné.
Notre homme flaire le bon coup à jouer.
Ayant demandé la réunion des comités communaux pour le soir, il fait déclarer le relais de poste, charge publique, comme "Bien National" et déclare s'en porter acquéreur. Le Comité de la Convention confirme la légalité de l'opération et met le bien aux enchères. A la barre du Tribunal du chef-lieu, il est seul enchérisseur et emporte l'adjudication - il la paye comptant en assignats - qui le fait propriétaire du relais de poste. La confirmation de l'Administration des Postes arrive, officialisant l'intérim de la tenue du relais qu'il a assuré à ses frais. La Nation l'en dédommage et continue de lui commander des chevaux pour la Guerre. N'oublions pas que les courriers de la Convention circulaient uniquement par la malle-poste et ceci par tous les temps et que rien ne devait la retarder.
Je passe sur le côté romanesque de mon topo. L'opportuniste continue ses libéralités, s'attirant des brevets de civisme et de titres à la reconnaissance nationale. Mais sa satisfaction est immense, car, de sa porte, il voit l'auberge et le relais qui est maintenant à lui. Son rêve est enfin réalisé.
Sur la plaquette, compte tenu de l'obsession de notre homme, la maison d'auberge devient un personnage. C'est pourquoi je lui ai accordé un quart de la surface de la plaquette. Comme d'habitude, murs et pavés en bois enduit, charpente bois, tuiles en carton de 450 grammes, linteaux en bois massif.

La voilà au recto en cours d'achèvement

Un pilier de portail


Au verso.

la porte de l'auberge en scratch (carte plastique pyrogravée, marron Humbrol mat, jus de TOB, dry brusching)

Table en scratch, bancs et baquet Historex.

Le pilier et un vantail. Ma fierté. Le pilier, c'est un carré de sapin de 30x30mm tout bête enduit et travaillé façon pierre. Un bout de moulure en doucine coupé en surplomb et débord, les 2 côtés de coupe travaillés en doucine reconstituée, un autre bout de plat taillé aux dimensions et un cabochon trouvé dans une boîte à rabiot quelconque. Remarquez, dans la lampe, il y a la bougie.
Le vantail. Construit d'après un gabarit dessiné et fabriqué par mes soins au préalable, tout en evergreen et fil de laiton non recuit. Souvenir d'un portail de château(allégé de ses fers forgés décoratifs), la traverse supérieure, cintrée à la chaleur et dressée, m'a donné du mal lorsqu'il a fallu la percer en surplomb exact avec les traverses inférieures pour le passage des barres épointées, sans déviation aucune. Coup de pot, ça a réussi mais j'ai transpiré comme jamais.
Petite fantaisie, la tête de cheval en enseigne. J'ai trouvé que ça ne faisait pas mal: une tête de cheval HISTOREX fendue en deux dans l'épaisseur, collée sur un médaillon et fixé sur un faisceau de trois barres pour un relais de poste.
Pour la première fois, j'ai décidé de ne pas construire la maison, forcément tronquée, en décor aveugle et à l'intérieur noir. Je l'ai prévue d'emblée aménagée et meublée, certes façon rustique, mais pour être vue sur un plateau tournant.
A bientôt pour la suite.
Armand dit track...
les gars.


































