Les Francs Tireurs - 1814 - HISTOREX - 1/32e - Décor scratch
Publié : 31 décembre 2018, 12:53
Salut à tous,
Je l'avais oubliée, celle-là, sauf erreur, parce que je ne la retrouve pas en passant en revue mes petites contributions au forum.
Pour situer le moment, on commence par l'Histoire.
1814. C'est le début de la fin. L'Empire craque de partout. La France impériale est envahie, situation qu'elle n'avait plus jamais connue depuis la Révolution. Les regards se portent surtout à l'Est où ce qu'il reste de la Grande Armée, allégée de tous les contingents étrangers, redevient l'Armée française. Depuis Hanau, nombre de traînards et d'éclopés sont restés en route à Francfort, à Mayence, si bien que ce sont des régiments bien amoindris qui ont repassé le Rhin et qui ont encore laissé du monde le long de cette vallée.
Tour d'Horizon.
Au-delà des Pyrénées, Suchet, avec 60.000 hommes de bonnes troupes a bien tenu la Catalogne. Sur ordre de l'Empereur, il a renvoyé en France tout ce qu'il a pu, ne gardant que 10.000 hommes à Barcelone. Il gardera la frontière des Pyrénées Orientales que l'ennemi ne franchira jamais. A l'autre bout, Soult a retraité sans vraiment livrer combat et laissé Wellington pénétrer en France. D'une loyauté à géométrie variable, il calcule pour l'avenir.
Du côté du Jura, les Suisses sont prêts à livrer passage aux Coalisés pour pénétrer en France en contournant le sud de l'Alsace.
Sentant la situation propice, Metternich active toutes les cours d'Europe pour la revanche et toutes les monarchies conservatrices voient enfin l'occasion de se débarrasser de l'empêcheur de régner en rond dont les troupes portent avec elles les idées de la Révolution.
En Allemagne, Davout s'est retranché à Hambourg qu'il tient fermement avec un 13e corps squelettique, à peine 10.000 hommes. Mais il réussit à tenir tête aux troupes de Bernadotte, le traître, et ses 35.000 hommes. Les autres garnisons françaises, pourtant attaquées, ont résisté et immobilisent plus de 100.000 hommes de l'adversaire.
En Italie, Eugène de Beauharnais fait ce qu'il peut pour tenir, avec 30.000 hommes, 1500 chevaux et 100 canons ce qu'il reste du royaume d'Italie. Mais sa situation est précaire et le coup de poignard vient de l'infâme Murat qui, pour garder son trône de Naples, trahit Napoléon et fait cause commune avec les Coalisés en leur apportant les 35.000 hommes promis à l'Empereur.
Donc L'Espagne a été perdue. L'Italie a été perdue. L'Allemagne a été perdue. Maintenant, c'est tout l'Empire. La France, la France de 1792, reste seule devant l'invasion. Une fois de plus, contre elle, on trouve Autrichiens, Prussiens, Russes, Espagnols et Anglais, le tout copieusement financé par l'or de la Banque d'Angleterre.
Et en France?
C'est une situation complexe. Le peuple qui a pourtant souffert en supportant plus que les autres le poids de la conscription continue à faire confiance à Napoléon, surtout les ouvriers des villes. Étonnamment, le souverain ne semble pas avoir conscience de cette popularité qu'il a gagnée, malgré les revers récents, simplement en bloquant le prix du pain depuis dix ans. Mais, depuis août 1792 et l'assaut des Tuileries auquel il avait assisté, il se méfie de la foule et des ouvriers des faubourgs. Si seulement, comme ce peuple le lui demandait, il avait consenti à l'armer et à le commander, imagine-t-on les conséquences de cette situation quasi révolutionnaire de levée en masse.
Les bourgeois, épargnés par la conscription, sont terrorisés par la perspective, précisément, d'une levée en masse.
Autant le peuple est calme, autant les salons bruissent de folles rumeurs et de complots. Les royalistes s'en donnent à cœur joie et les grands commis de l'Empire qui, après avoir redouté la mort de l'Empereur dont dépendait leur fortune, espèrent sa disparition, seule capable de la sauver, Talleyrand, le corrompu, par intérêt, Fouché par vice, Savary par scepticisme, indifférence ou bêtise, Cambacérès par peur, Fontanes, Montalivet, Pasquier par faiblesse, les maréchaux, par lassitude...
Pour la première fois, l'Empereur est pris de vitesse. Il n'est plus maître du temps, il ne décide plus des mouvements mais ne peut que réagir à des avance, des menaces ou des initiatives des ennemis. Ses exécutant sont désemparés. Pour eux, c'est une situation nouvelle. Habitués à gagner des batailles hors de France, selon des campagnes offensives et souvent victorieuses, ils sont paralysés lorsque'il s'agir de défendre le territoire national. C'est là que la plupart connaissent l'épreuve de la force de caractère. Les maréchaux, habitués à être commandés, faisaient merveille de bravoure. Mais, livrés à eux-mêmes, leur capacité militaire est annulée face à un ennemi résolu qui sent que sur leurs épaules il n'y a plus la griffe de l'Aigle.
Un seul exemple, lamentable, celui du Maréchal Victor. Sa mission: A la tête de la 5e Division Militaire, tenir l'Alsace, en renforçant partout les places, en activant les Gardes Nationales, en ravitaillant tous les points de défense, en utilisant les ressources du pays. Pourtant vosgien de naissance, dans une région qu'il connaît bien, et malgré les reproches de Berthier et ses troupes aguerries, il se réfugie dans l'attentisme par peur d'une attaque frontale par forcement du passage du Rhin, en prétextant qu'il n'avait pas les moyens de s'y opposer. Pourtant, de l'autre côté du fleuve, le contingent bavarois ne faisait pas preuve d'une activité guerrière impressionnante.
Il n'y avait que Blücher, le fou furieux, véritable malade mental, qui, à la tête de l'armée de Silésie - 100.000 hommes - était parti de Cologne, avait suivi la Moselle, le Luxembourg et était venu mettre le siège devant Metz. Mais il ne l'attaquait pas directement , loin de là.
Cette attitude couarde, qui sentait déjà la trahison dont sera marquée sa fin de vie, mena à la retraite, sans tirer un coup de fusil, par Molsheim, le Donon, Schirmeck, Saint-Dié, Lunéville et Nancy. En renonçant à défendre les Vosges, excellente position géographique pour mener une résistance efficace, c'était l'abandon des places sans garnison, de Colmar et de toute l'Alsace. Alors que l'ennemi ne s'était pas encore montré.
Et pourtant, il resta des places qui ne se rendirent pas malgré le blocus qui leur était imposé. Ce fut le cas de Phalsbourg. Mais, cependant, des humbles, de ceux qui n'ont jamais bénéficié du moindre avantage, de la moindre récompense, du plus petit bienfait, si ce n'est la Croix, pour quelques uns, qui l'avaient mérité avec leur sang dans plus d'une bataille, des gens du peuple se sont levés avant même d'être sollicités par des proclamations. Comme en 92, une colère sourde, froide, implacable, grandiose, les fit se lever. Le patriotisme leur insuffla un courage de lions. Fidèles jusqu'au bout à leur Empereur, ils n'ont pu supporter que le territoire de leur France, leur terre natale, le pays de leur vie, soit envahi. A l'annonce des massacres de civils perpétrés par les cosaques ou les uhlans, des réquisitions insupportables de ces hordes d'autant plus indisciplinées que la France était pour eux pays de cocagne, des destructions gratuites auxquelles elles se livraient, paysans, forestiers, bergers, montagnards, scieurs de long, contrebandiers, chasseurs, maîtres d'école, artisans, vétérans, officiers retraités de l'Armée encore valides, s'unirent aux rares gendarmes des brigades locales non encore évacuées et qui étaient entrées dans la clandestinité. Hébergés, cachés, nourris par la population de ferme en ferme, ils vivaient au cœur des forêts profondes où l'ennemi hésitait à s'aventurer et, ensemble, de coup de main en coup de main, ils infligèrent aux Coalisés des pertes sensibles. Ils menèrent la vie dure aux envahisseurs. Certes, ils ne purent inverser le cours de la guerre mais ils retardèrent les convois et les colonnes et leurs escarmouches coûtèrent 3.000 hommes à l'ennemi.

Des gendarmes, des paysans, des forestiers, des artisans, des hommes libres et fiers qui ne supportaient pas de voir leur pays envahi.
Réduits à regarder retraiter, sans en croire leurs yeux, les troupes régulières hors du regard impérial, ils ignorèrent les lâchetés des responsables, les couardises, les faiblesses qui contrecarraient les plans du Maître et bafouaient ses ordres, annulant leurs efforts héroïques de défenseurs du pays. Il suffit de relire "L'invasion" d'Erckman Chatrian. A peine romancée, cette histoire nous replonge dans l'atmosphère de ces cimes enneigées et de ces profondes forêts de l'Est où, par un froid terrible, s'organisaient pour une lutte inégale tous ces humbles mais fidèles Français des Vosges et d'Alsace.

Evidemment, un palmier dans l'Est, sauf dans une serre, cela fait désordre. Je réclame votre indulgence.
Cette plaquette sans prétention de 0,29m x 0,39m x 0,57m est un modeste hommage aux rescapés de cette aventure de résistants, chassés de chez eux et qui continuaient néanmoins le combat en marge des troupes régulières qui ne livraient pas bataille, aux confins de trois provinces: Sud de la Lorraine, Est de la Champagne, Nord de la Bourgogne. Bien sûr les identités ne son pas réelles mais elles sonnent juste. C'est pourquoi je les cite. L'âme de la révolte fut Jean-Claude Hullin, volontaire de la levée en masse, ancien de Valmy, son baptême du feu, de Jemmapes, de Fleurus, d'Italie, d'Egypte puis d'Italie encore. Revenu au pays, le village de Charmes, le long de la Sarre, il s'était établi sabotier et avait adopté et élevé Louise, la fillette d'un couple de gitans morts de famine. C'est lui qui a été élu commandant des volontaires de la montagne pour s'opposer aux kaiserlicks.
Puis, c'est Catherine Lefèvre, l'âme féminine de la résistance, propriétaire de la ferme du Bois-Des-Chênes, au pied des ruines du château de Falkenstein, qui finança l'achat de poudre et de balles, et qui tenait table ouverte à tous ceux qui se regroupaient pour rejoindre la troupe. Elle n'avait qu'un fils, Gaspard, conscrit de 1813, grenadier, promis à la petite Louise.
Puis, c'est Marc Divès, le contrebandier, qui occupait les ruines du Falskenstein avec de quoi armer une compagnie. Il avait là ses réserves de tabac, de poudre et de plomb pour fondre des balles. Il avait un second, Jacob Zimmer, tireur exceptionnel, ancien dragon d'Espagne, flanqué de Hans Hengst et Bastien Feldman, deux colosses redoutables. Zimmer était enragé par les cosaques. Dissimulé, il s'amusait à les tirer lorsqu'ils passaient au galop à portée de son fusil. Il avait dix huit entailles à sa crosse.

C'est la pause: Casser la croûte pour les uns, toucher des munitions ou vérifier les armes pour les autres, nos hommes vont de ferme en ferme, se méfiant des dénonciations mais généralement bien accueillis.
C'est Piorette, le maçon de Grandfontaine, Jérôme de Saint-Quirin, cordonnier, Rochart, ferblantier de Blancrupt, Labarbe d'Abreschwiller, bûcheron, Daniel Hirsch, ancien canonnier de Marine, Charpentier à la Walsch. C'est le docteur Lorquin de Schirmeck qui installa l'infirmerie, soigna, pansa, amputa plus d'un blessé avec son confrère Loison venu de Badonviller.

Allez, Materne, prends cette giberne garnie et, pour les hommes de ta compagnie, tu les mènes au fourgon sous le hangar à la ferme du Vieux-Puits. Il y a des cartouches, du pain, de l'eau de vie et ils pourront tremper la soupe au lard.
C'est enfin le vieux Materne de Beimbach, chasseur forestier et ses deux fils Frantz et Kasper, deux géants à la force de Titans, tireurs de sangliers, de chevreuils, de cerfs qui apportaient, jour après jour, de quoi nourrir les hommes pour soulager la vieille Catherine.

Les récits des anciens d'Espagne évoquant les péripéties sanglantes de la guérilla contre une armée étrangère d'occupation du pays ont donné des idées à ces braves Vosgiens. Des gendarmes de la brigade de Saverne, passés dans la clandestinité parce que la ville n'était pas défendue et connaissant les dépôts et magasins, y ont subtilisé tout ce qu'ils ont pu pour les armer.

Tu me donnes de la miche du vieil Hans et je te donne de la rosette de Colmar et un coup de Riquewihr. Le marché est équitable, dit en riant
Marc Divès, le contrebandier du Falkenstein.

Tiens, voilà qu'il nous arrive un cuirassier. Mais d'où diable sort-il, celui-là ? C'est le curé de Réchicourt qui t'a dit où nous trouver ?
C'est bon. C'est un saint homme, il ne dira rien, surtout aux cosaques.

Approche, tu seras des nôtres! On n'est déjà pas de trop. On a laissé beaucoup de nos compagnons dans la montagne.
Et, avec ton cheval, tu nous seras utile. On a un mousqueton de rab, il sera pour toi... Veux-tu un coup de casse-pattes pour
te réchauffer ? C'est de la mirabelle deux fois distillée... C'est du raide !



La pierre blonde Bourgogne pour cette exploitation viticole de l'Est.









Vous savez maintenant comment je m'y prends. Toujours ma vieille technique du bois enduit. Inusable. Quelques détails








Pour cette évocation, je dois beaucoup à Erckman Chatrian, au Commandant Lachouque et au Général de Vaudoncourt.
That's All, Folks !!! Many new year greetings.
A+
Armand ..... dit track...
Je l'avais oubliée, celle-là, sauf erreur, parce que je ne la retrouve pas en passant en revue mes petites contributions au forum.
Pour situer le moment, on commence par l'Histoire.
1814. C'est le début de la fin. L'Empire craque de partout. La France impériale est envahie, situation qu'elle n'avait plus jamais connue depuis la Révolution. Les regards se portent surtout à l'Est où ce qu'il reste de la Grande Armée, allégée de tous les contingents étrangers, redevient l'Armée française. Depuis Hanau, nombre de traînards et d'éclopés sont restés en route à Francfort, à Mayence, si bien que ce sont des régiments bien amoindris qui ont repassé le Rhin et qui ont encore laissé du monde le long de cette vallée.
Tour d'Horizon.
Au-delà des Pyrénées, Suchet, avec 60.000 hommes de bonnes troupes a bien tenu la Catalogne. Sur ordre de l'Empereur, il a renvoyé en France tout ce qu'il a pu, ne gardant que 10.000 hommes à Barcelone. Il gardera la frontière des Pyrénées Orientales que l'ennemi ne franchira jamais. A l'autre bout, Soult a retraité sans vraiment livrer combat et laissé Wellington pénétrer en France. D'une loyauté à géométrie variable, il calcule pour l'avenir.
Du côté du Jura, les Suisses sont prêts à livrer passage aux Coalisés pour pénétrer en France en contournant le sud de l'Alsace.
Sentant la situation propice, Metternich active toutes les cours d'Europe pour la revanche et toutes les monarchies conservatrices voient enfin l'occasion de se débarrasser de l'empêcheur de régner en rond dont les troupes portent avec elles les idées de la Révolution.
En Allemagne, Davout s'est retranché à Hambourg qu'il tient fermement avec un 13e corps squelettique, à peine 10.000 hommes. Mais il réussit à tenir tête aux troupes de Bernadotte, le traître, et ses 35.000 hommes. Les autres garnisons françaises, pourtant attaquées, ont résisté et immobilisent plus de 100.000 hommes de l'adversaire.
En Italie, Eugène de Beauharnais fait ce qu'il peut pour tenir, avec 30.000 hommes, 1500 chevaux et 100 canons ce qu'il reste du royaume d'Italie. Mais sa situation est précaire et le coup de poignard vient de l'infâme Murat qui, pour garder son trône de Naples, trahit Napoléon et fait cause commune avec les Coalisés en leur apportant les 35.000 hommes promis à l'Empereur.
Donc L'Espagne a été perdue. L'Italie a été perdue. L'Allemagne a été perdue. Maintenant, c'est tout l'Empire. La France, la France de 1792, reste seule devant l'invasion. Une fois de plus, contre elle, on trouve Autrichiens, Prussiens, Russes, Espagnols et Anglais, le tout copieusement financé par l'or de la Banque d'Angleterre.
Et en France?
C'est une situation complexe. Le peuple qui a pourtant souffert en supportant plus que les autres le poids de la conscription continue à faire confiance à Napoléon, surtout les ouvriers des villes. Étonnamment, le souverain ne semble pas avoir conscience de cette popularité qu'il a gagnée, malgré les revers récents, simplement en bloquant le prix du pain depuis dix ans. Mais, depuis août 1792 et l'assaut des Tuileries auquel il avait assisté, il se méfie de la foule et des ouvriers des faubourgs. Si seulement, comme ce peuple le lui demandait, il avait consenti à l'armer et à le commander, imagine-t-on les conséquences de cette situation quasi révolutionnaire de levée en masse.
Les bourgeois, épargnés par la conscription, sont terrorisés par la perspective, précisément, d'une levée en masse.
Autant le peuple est calme, autant les salons bruissent de folles rumeurs et de complots. Les royalistes s'en donnent à cœur joie et les grands commis de l'Empire qui, après avoir redouté la mort de l'Empereur dont dépendait leur fortune, espèrent sa disparition, seule capable de la sauver, Talleyrand, le corrompu, par intérêt, Fouché par vice, Savary par scepticisme, indifférence ou bêtise, Cambacérès par peur, Fontanes, Montalivet, Pasquier par faiblesse, les maréchaux, par lassitude...
Pour la première fois, l'Empereur est pris de vitesse. Il n'est plus maître du temps, il ne décide plus des mouvements mais ne peut que réagir à des avance, des menaces ou des initiatives des ennemis. Ses exécutant sont désemparés. Pour eux, c'est une situation nouvelle. Habitués à gagner des batailles hors de France, selon des campagnes offensives et souvent victorieuses, ils sont paralysés lorsque'il s'agir de défendre le territoire national. C'est là que la plupart connaissent l'épreuve de la force de caractère. Les maréchaux, habitués à être commandés, faisaient merveille de bravoure. Mais, livrés à eux-mêmes, leur capacité militaire est annulée face à un ennemi résolu qui sent que sur leurs épaules il n'y a plus la griffe de l'Aigle.
Un seul exemple, lamentable, celui du Maréchal Victor. Sa mission: A la tête de la 5e Division Militaire, tenir l'Alsace, en renforçant partout les places, en activant les Gardes Nationales, en ravitaillant tous les points de défense, en utilisant les ressources du pays. Pourtant vosgien de naissance, dans une région qu'il connaît bien, et malgré les reproches de Berthier et ses troupes aguerries, il se réfugie dans l'attentisme par peur d'une attaque frontale par forcement du passage du Rhin, en prétextant qu'il n'avait pas les moyens de s'y opposer. Pourtant, de l'autre côté du fleuve, le contingent bavarois ne faisait pas preuve d'une activité guerrière impressionnante.
Il n'y avait que Blücher, le fou furieux, véritable malade mental, qui, à la tête de l'armée de Silésie - 100.000 hommes - était parti de Cologne, avait suivi la Moselle, le Luxembourg et était venu mettre le siège devant Metz. Mais il ne l'attaquait pas directement , loin de là.
Cette attitude couarde, qui sentait déjà la trahison dont sera marquée sa fin de vie, mena à la retraite, sans tirer un coup de fusil, par Molsheim, le Donon, Schirmeck, Saint-Dié, Lunéville et Nancy. En renonçant à défendre les Vosges, excellente position géographique pour mener une résistance efficace, c'était l'abandon des places sans garnison, de Colmar et de toute l'Alsace. Alors que l'ennemi ne s'était pas encore montré.
Et pourtant, il resta des places qui ne se rendirent pas malgré le blocus qui leur était imposé. Ce fut le cas de Phalsbourg. Mais, cependant, des humbles, de ceux qui n'ont jamais bénéficié du moindre avantage, de la moindre récompense, du plus petit bienfait, si ce n'est la Croix, pour quelques uns, qui l'avaient mérité avec leur sang dans plus d'une bataille, des gens du peuple se sont levés avant même d'être sollicités par des proclamations. Comme en 92, une colère sourde, froide, implacable, grandiose, les fit se lever. Le patriotisme leur insuffla un courage de lions. Fidèles jusqu'au bout à leur Empereur, ils n'ont pu supporter que le territoire de leur France, leur terre natale, le pays de leur vie, soit envahi. A l'annonce des massacres de civils perpétrés par les cosaques ou les uhlans, des réquisitions insupportables de ces hordes d'autant plus indisciplinées que la France était pour eux pays de cocagne, des destructions gratuites auxquelles elles se livraient, paysans, forestiers, bergers, montagnards, scieurs de long, contrebandiers, chasseurs, maîtres d'école, artisans, vétérans, officiers retraités de l'Armée encore valides, s'unirent aux rares gendarmes des brigades locales non encore évacuées et qui étaient entrées dans la clandestinité. Hébergés, cachés, nourris par la population de ferme en ferme, ils vivaient au cœur des forêts profondes où l'ennemi hésitait à s'aventurer et, ensemble, de coup de main en coup de main, ils infligèrent aux Coalisés des pertes sensibles. Ils menèrent la vie dure aux envahisseurs. Certes, ils ne purent inverser le cours de la guerre mais ils retardèrent les convois et les colonnes et leurs escarmouches coûtèrent 3.000 hommes à l'ennemi.

Des gendarmes, des paysans, des forestiers, des artisans, des hommes libres et fiers qui ne supportaient pas de voir leur pays envahi.
Réduits à regarder retraiter, sans en croire leurs yeux, les troupes régulières hors du regard impérial, ils ignorèrent les lâchetés des responsables, les couardises, les faiblesses qui contrecarraient les plans du Maître et bafouaient ses ordres, annulant leurs efforts héroïques de défenseurs du pays. Il suffit de relire "L'invasion" d'Erckman Chatrian. A peine romancée, cette histoire nous replonge dans l'atmosphère de ces cimes enneigées et de ces profondes forêts de l'Est où, par un froid terrible, s'organisaient pour une lutte inégale tous ces humbles mais fidèles Français des Vosges et d'Alsace.

Evidemment, un palmier dans l'Est, sauf dans une serre, cela fait désordre. Je réclame votre indulgence.
Cette plaquette sans prétention de 0,29m x 0,39m x 0,57m est un modeste hommage aux rescapés de cette aventure de résistants, chassés de chez eux et qui continuaient néanmoins le combat en marge des troupes régulières qui ne livraient pas bataille, aux confins de trois provinces: Sud de la Lorraine, Est de la Champagne, Nord de la Bourgogne. Bien sûr les identités ne son pas réelles mais elles sonnent juste. C'est pourquoi je les cite. L'âme de la révolte fut Jean-Claude Hullin, volontaire de la levée en masse, ancien de Valmy, son baptême du feu, de Jemmapes, de Fleurus, d'Italie, d'Egypte puis d'Italie encore. Revenu au pays, le village de Charmes, le long de la Sarre, il s'était établi sabotier et avait adopté et élevé Louise, la fillette d'un couple de gitans morts de famine. C'est lui qui a été élu commandant des volontaires de la montagne pour s'opposer aux kaiserlicks.
Puis, c'est Catherine Lefèvre, l'âme féminine de la résistance, propriétaire de la ferme du Bois-Des-Chênes, au pied des ruines du château de Falkenstein, qui finança l'achat de poudre et de balles, et qui tenait table ouverte à tous ceux qui se regroupaient pour rejoindre la troupe. Elle n'avait qu'un fils, Gaspard, conscrit de 1813, grenadier, promis à la petite Louise.
Puis, c'est Marc Divès, le contrebandier, qui occupait les ruines du Falskenstein avec de quoi armer une compagnie. Il avait là ses réserves de tabac, de poudre et de plomb pour fondre des balles. Il avait un second, Jacob Zimmer, tireur exceptionnel, ancien dragon d'Espagne, flanqué de Hans Hengst et Bastien Feldman, deux colosses redoutables. Zimmer était enragé par les cosaques. Dissimulé, il s'amusait à les tirer lorsqu'ils passaient au galop à portée de son fusil. Il avait dix huit entailles à sa crosse.

C'est la pause: Casser la croûte pour les uns, toucher des munitions ou vérifier les armes pour les autres, nos hommes vont de ferme en ferme, se méfiant des dénonciations mais généralement bien accueillis.
C'est Piorette, le maçon de Grandfontaine, Jérôme de Saint-Quirin, cordonnier, Rochart, ferblantier de Blancrupt, Labarbe d'Abreschwiller, bûcheron, Daniel Hirsch, ancien canonnier de Marine, Charpentier à la Walsch. C'est le docteur Lorquin de Schirmeck qui installa l'infirmerie, soigna, pansa, amputa plus d'un blessé avec son confrère Loison venu de Badonviller.

Allez, Materne, prends cette giberne garnie et, pour les hommes de ta compagnie, tu les mènes au fourgon sous le hangar à la ferme du Vieux-Puits. Il y a des cartouches, du pain, de l'eau de vie et ils pourront tremper la soupe au lard.
C'est enfin le vieux Materne de Beimbach, chasseur forestier et ses deux fils Frantz et Kasper, deux géants à la force de Titans, tireurs de sangliers, de chevreuils, de cerfs qui apportaient, jour après jour, de quoi nourrir les hommes pour soulager la vieille Catherine.

Les récits des anciens d'Espagne évoquant les péripéties sanglantes de la guérilla contre une armée étrangère d'occupation du pays ont donné des idées à ces braves Vosgiens. Des gendarmes de la brigade de Saverne, passés dans la clandestinité parce que la ville n'était pas défendue et connaissant les dépôts et magasins, y ont subtilisé tout ce qu'ils ont pu pour les armer.

Tu me donnes de la miche du vieil Hans et je te donne de la rosette de Colmar et un coup de Riquewihr. Le marché est équitable, dit en riant
Marc Divès, le contrebandier du Falkenstein.

Tiens, voilà qu'il nous arrive un cuirassier. Mais d'où diable sort-il, celui-là ? C'est le curé de Réchicourt qui t'a dit où nous trouver ?
C'est bon. C'est un saint homme, il ne dira rien, surtout aux cosaques.

Approche, tu seras des nôtres! On n'est déjà pas de trop. On a laissé beaucoup de nos compagnons dans la montagne.
Et, avec ton cheval, tu nous seras utile. On a un mousqueton de rab, il sera pour toi... Veux-tu un coup de casse-pattes pour
te réchauffer ? C'est de la mirabelle deux fois distillée... C'est du raide !



La pierre blonde Bourgogne pour cette exploitation viticole de l'Est.









Vous savez maintenant comment je m'y prends. Toujours ma vieille technique du bois enduit. Inusable. Quelques détails








Pour cette évocation, je dois beaucoup à Erckman Chatrian, au Commandant Lachouque et au Général de Vaudoncourt.
That's All, Folks !!! Many new year greetings.
A+
Armand ..... dit track...
pour ce beau récit et 
pour tout ce travail
, bonne année 2019.